Une simple délibération de voirie, adoptée à l’unanimité au mois de juillet, est devenue un point de crispation avec la préfecture des Pyrénées-Atlantiques. En cause : la dénomination, en basque, d’une voie communale. Une pratique en vigueur à Larressore depuis dix ans, que l’État menace aujourd’hui de remettre en cause dans son ensemble.
La loi de décentralisation du 2 mars 1982 relative aux droits à la liberté des communes des départements et des régions a donné la compétence exclusive du choix des noms de rue au Conseil municipal.
Depuis une délibération de 2016, le village de Larresoro (Larressore) a décidé de privilégier l’usage de la toponymie locale pour nommer ses voies communales, rappelant le plus souvent les noms hérités des maisons et fermes anciennes qu’elles desservent ou dont elles tirent leur origine. Une pratique bien établie, jamais contestée, pleinement intégrée par les habitants, anciens comme nouveaux arrivants.
Le 7 juillet 2026, le Conseil municipal a voté à l’unanimité le prolongement d’une voie existante dénommée « Orgilaneko Bidea ». Une délibération de pure routine administrative, dans la continuité exacte de ce qui se pratique depuis dix ans.
La préfecture censure
Début août, le secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques adresse une injonction à la mairie. Il invoque l’article 2 de la Constitution (« la langue de la République est le français ») et l’article 3 de la loi du 4 août 1994 dite « loi Toubon », qui impose l’usage du français pour toute inscription destinée à l’information du public sur la voie publique. Conclusion : la délibération du 7 juillet doit être retirée, et remplacée par une dénomination associant français et basque.
La mairie relève que la voie « Orgilaneko Bidea » figurait déjà, sous ce même nom basque, dans une délibération adoptée en 2016. Réponse de la préfecture, le 19 août : cette délibération de 2016 est « également irrégulière », pour les mêmes raisons. Le fait qu’elle n’ait pas été attaquée
en son temps « ne la rend pas légale ». Et d’ajouter que le retrait demandé « pourrait être l’occasion d’une régularisation de l’ensemble des dénominations des voies de la commune ».
La formule, en apparence anodine, fait basculer le dossier. D’un différend portant sur le nom d’une seule voie, la préfecture ouvre la perspective d’une remise à plat de l’ensemble de la signalétique communale allant à l’encontre de la liberté de choix de la commune. Il s’agit d’un recul pour la visibilité et le statut de la langue basque.
Un Conseil municipal contraint
Le sujet est venu en délibération lors du Conseil municipal du 15 septembre. Avant le vote, le groupe d’opposition « Mintza Larresoro ! » demande de ne pas céder à la demande du préfet, de respecter le choix de la commune et ses usages antérieurs en matière de signalétique basque. Il l’invite à ne pas trancher dans la précipitation, rappelant que plusieurs communes du Pays Basque sont confrontées, au même moment, à des difficultés avec les services de l’État au sujet de l’euskara, une réponse coordonnée avec des élus locaux étant préférable à un règlement isolé, commune par commune.
« Les toponymes en basque sont un des premiers éléments d’intégration dans le village, a fait valoir le groupe. Ils permettent aux nouveaux arrivants de s’inscrire dans le territoire, de s’interroger et de comprendre l’histoire des lieux. À ce titre, ils sont porteurs de liens. »
La majorité a choisi de répondre favorablement à l’injonction préfectorale, par 16 voix pour, une abstention et 2 voix contre de « Mintza Larresoro ! », adoptant comme nouvelle dénomination « Impasse Orgilaneko Bidea » contraire à la toponymie en vigueur en lui accolant un terme générique français.
Un dossier parmi d’autres
Larressore n’est pas un cas isolé. Cet été, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques a également contesté devant le tribunal administratif de Pau les délibérations de Bayonne et de Sare reconnaissant officiellement le basque, et pour Bayonne le gascon, comme langues de leur territoire. D’autres communes ont, ces dernières semaines, adopté des délibérations comparables. Le cas de Larressore, plus modeste, montre que la même tension gagne jusqu’à la question, en apparence anodine, du nom des rues.
Pris séparément, chacun de ces dossiers peut paraître anecdotique : un nom de rue, une délibération municipale, une reconnaissance symbolique. Mais leur accumulation dessine une tendance de fond. Après la signalétique et les délibérations relatives aux langues territoriales, d’autres domaines ont connu ces derniers mois des tensions comparables, touchant à la culture, aux institutions ou encore aux formes d’expression de l’identité basque.
Dans cette perspective, l’affaire de Larressore dépasse largement la seule question du nom d’une rue. Elle illustre la manière dont l’État entend rappeler les limites qu’il fixe à la reconnaissance publique de l’euskara.
A cet effet, nous nous joignons à l’appel d’Euskal Konfederazioa pour la manifestation du 21 novembre prochain à Bayonne, pour réclamer la cooficialité de l’euskara.
